Soufre, Sel et Mercure, les trois principes

Á chaque science son modèle du monde

Chaque civilisation a perçu le monde à sa façon. Chaque science aussi. Le psychologue que vous consultez ne vous voit pas comme le photographe qui tire votre portrait.
Le regard du radiologue qui vous passe aux rayons X n’est pas celui de votre enfant !

Tous ont raison, dans leur perspective particulière.
Et si le psychologue ne vous regarde plus en psychologue, s’il vous regarde avec la candeur de votre enfant, n’espérez pas grand chose de votre consultation.
Si votre enfant vous regarde comme le ferait le radiologue, il y a lieu de vous inquiéter.
Si vous abordez la plante avec laquelle vous allez travailler avec le regard du chimiste, elle ne vous offrira que ses propriétés chimiques.

Pour comprendre l’enseignement des alchimistes, il vous faut regarder le monde comme eux.
Ils ne l’observent pas du point de vue des sciences profanes.
Un point de vue qui reste artificiel, au vrai sens du mot «artifice »… puisqu’elles n’abordent aucune question sans le truchement des sens et de leur extension que sont les instruments de mesure. Comme tous les chercheurs spirituels authentiques, les alchimistes observent la nature avec candeur.
L’irruption de la forme dans la matière

Imaginez un petit poisson dans un bocal d’eau pure.
Pour lui, l’eau n’a pas de réalité propre,puisque le milieu dans lequel il évolue est homogène.
Rien qu’il puisse voir, toucher, goûter.

Mais le petit poisson se heurte à un glaçon.
Dans ce qui lui apparaît comme du vide, voilà qu’est suspendu un gros caillou compact auquel il se cogne.
Le petit poisson devra faire un effort d’abstraction pour comprendre que le glaçon n’est pas un matériau différent.
Il est de l’eau devenue quelque chose.

L’image vaut pour l’être humain.
La matière n’est pas ce caillou dans lequel je peux donner un coup de pied.
Car ce caillou est déjà la matière devenue quelle chose.
Il est de la matière structurée par une information.
De la même façon qu’un glaçon est de l’eau « informée ».

Sur la vitre de votre salle de bains, regardez ce qui est de l’air devenir de l’eau.
Quelque chose qui est tantôt sous la forme de l’air est à un autre moment sous la forme de l’eau.
Qu’est-ce que c’est, ce « quelque chose » qui – au fond – n’est ni la forme de l’air ni la forme de l’eau puisqu’il peut devenir l’un et l’autre ?
Ce « quelque chose » joue le même rôle que l’eau du bocal par rapport au glaçon.

Cette matière vierge dans laquelle nous nous mouvons, ce fluide moteur de toutes les transformations, nommons-le « matière ».
Ce qui ensemence cette matière, ce qui la structure, nommons-le « forme ».

La « matière » est une potentialité qui peut tout devenir.
La « forme » est ce qui la structure, ce qui la fait devenir quelque chose.
La forme est un moule actif, une matrice structurante.
Sans la forme, la matière n’a pas de qualité propre ; sans la forme, pas de glaçon. Dans ce monde, il n’y a pas de matière sans forme, ni de forme sans matière.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Chaque enfant de tradition chrétienne a appris au catéchisme qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais qu’il consiste en trois personnes nommées Père, Fils et Saint Saint-Esprit.
Ce qui était bien abstrait pour nos petites têtes.
Il se trouve que, dans ses opérations, l’ rencontre la force créatrice du feu (le Père), la lumière issue du feu, force toute puissante dans la nature (le Fils) et le souffle subtil qui circule de l’une à l’autre et assure l’unité de l’ensemble (le Saint-Esprit).
Cette Trinité bien lointaine se fait plus proche !

Ce n’est pas tout.
Dès leur premier chapitre, les Écritures nous disent (Genèse 1, 26 et 27) que Dieu a fait sa créature à son image.
Il l’a donc faite une tout en laissant une signature triple.
Aussi, quand nous pénétrons le vivant, nous constatons la présence simultanée de trois principes.
On trouve ces trois principes dans les trois règnes : minéral, végétal et animal.